L’après référendum ou les avatars de la démocratie chez les écologistes.

jeudi 27 octobre 2005
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De l’eau polluée dans le gaz «  naturel » : l’après référendum ou les avatars de la démocratie chez les écologistes.

En écologiste fidèle à ses convictions, je fuis toute forme de pollution comme la peste. On connaît fort bien maintenant ses effets dévastateurs sur la santé et l’environnement. Eh bien, il en va de même pour les appareils : langue de bois, luttes des places, mauvaise foi et malhonnêteté intellectuelle sont les pires parasites, qui gangrènent un édifice de la cave au grenier. Je m’en vais illustrer très concrètement ces propos dans ce texte.

Chirac a gagné le pari du référendum français sur le projet du TCE, contrairement à ce qu’une observation superficielle pourrait laisser croire. En effet, il a réussi à faire exploser ce qui restait de la gauche après 2002, pour n’en laisser qu’une charpie névrotique. D’un côté, une gauche encore anticapitaliste et anti-libérale mêlant communistes, trotskistes, et altermondialistes et de l’autre un centrisme de gauche largement converti au dogme du marché et de la concurrence immaculée et omnipotente. Le divorce est définitivement consommé tant entre les partis qu’entre eux-mêmes et une moitié de leur électorat : celle qui a dit non. Double fracture. Mais la guerre des Roses est loin d’être terminée. Rancœurs, vengeances, psychodrames continuent, six mois après, de transformer les lieux de discussion politique en véritables hôpitaux de jour. Il est fort instructif de regarder de près l’arme la plus couramment utilisée : l’anathème. « Nationalistes », europhobes, alliés de l’extrême droite pour les partisans du non à gauche ; trotskistes et petit Besancennot s’entendait dire hier Nicolas Dupont Aignan (UMP) chez Moati, dans la bouche de ses camarades de droite pro-TCE. Ce qui ne manque pas de sel, vous en conviendrez !

Si dans les deux bords, gauche et droite, la campagne en faveur du TCE a été largement nourrie d’intimidation de l’électorat et de pensée magique (« si vous votez non, c’est la fin du monde, on sera au banc des nations, c’est la mort de l’Europe et au prochain Tsunami on sera encore moins capables de se coordonner et il y aura donc plus de morts et ce sera votre faute »), c’est la gauche qui en sort décrédibilisée, affaiblie et divisée. En effet, une partie de la gauche institutionnelle (PS et Verts) a défendu bec et ongle un projet de traité constitutionnel ouvertement libéral qui fixe de manière inédite les choix économiques privant le politique de ses moyens d’action sur le devenir des Européens : emploi, conditions de travail, répartition des richesses, réglementation encadrant les activités de production et d’échange de biens et de services ; expliquant à son électorat qu’il n’y a pas d’autres choix possibles si on veut sortir du cadre du traité de Nice (par ailleurs signé par la France gouvernée à l’époque par la coalition PS-Verts-PC...) Il n’y a pas le choix : voilà ce que le politique offre comme perspective aux citoyens. Parce que ces partis n’ont pas d’audace, ils laissent à l’extrême droite le monopole de dire à ceux qui vivent la pauvreté, la précarité de l’emploi, le chômage de longue durée, les temps partiels imposés, la baisse du pouvoir d’achat, que, grâce à la politique, on peut changer les choses et que rien n’est une fatalité. Et c’est gravissime.

« Entrez dans l’espérance » avait dit Le Pen, le 21 Avril 2002 au soir. « Suivez le mouvement, vous ne pouvez pas faire autrement, sinon vous êtes des salauds » a dit le reste de la classe politique, de l’UMP aux Verts, en 2005. Le peuple a répondu NON. Et on ne l’a pas écouté. Pire, on le méprise. Penser que ceux qui par leur irresponsabilité et leur manque de courage, nous préparent un 21 Avril 2007, seront dans la rue pour « faire barrage à l’extrême droite » me met en colère. Je ne veux pas être de ceux là, de cette gauche qui préfère continuer à se voiler la face et dire « salaud de pauvres » à voix basse dans les salons.

« Non, la république n’est pas une gueuse » et « le monde n’est pas une marchandise ». C’est parce que je ne peux plus le dire en leur sein que je quitte les Verts aujourd’hui.

Mais aussi, parce que j’ai une vision noble de la politique. Si je m’exprime à ce sujet, ce n’est pas par souci de revanche, je n’attends rien et n’ai pas d’intérêt particulier dans l’appareil contrairement à ceux qui se sont servi du débat référendaire comme d’un tremplin personnel, mais parce que je veux dénoncer les pratiques qui dégoûtent les citoyens de la gestion de leur destin.

A la suite d’une conférence de défenseurs efficaces du non de gauche, des anciens camarades Verts pro-TCE inquiets, demandent un débat contradictoire à l’organisateur. Celui-ci accepte immédiatement et propose dans la dynamique, un spécialiste allemand de philosophie politique pour défendre le non, qui serait par ailleurs prêt à se déplacer en France. Quelle ne fut pas ma stupeur de lire sur la liste de diffusion qu’il fallait se rétracter parce que « face à un philosophe, on risque de ne pas faire le poids » et « on n’y comprend pas grand-chose en économie » (sic). Prétexte officiel : ce philosophe a été chez les Verts en Autriche (sic) autrefois et on ne veut pas permettre aux Verts pour le non de faire campagne ! ! ! ! ! ! ! !

Avec aplomb et arrogance, on s’est fendu d’un long mail pour expliquer très tranquillement qu’on ne peut pas discuter avec lui parce qu’on n’a pas besoin de ce genre de choses de toute façon, qu’on est très pris par ailleurs et très convaincant ! ! ! Un comble pour des gens qui en off avouent leurs manques de connaissance ainsi que la fragilité de leur argumentation, puisqu’ils savent ne pas pouvoir tenir la route. Mauvaise foi, mensonge et malhonnêteté. En réponse à l’expression de mon indignation, on me demande si «  ce monsieur ne m’aurait pas tapé dans l’œil vu mon insistance pour qu’il vienne ». Machisme : je ne suis pas capable de faire de la politique avec autre chose que mon utérus. Tentative de me ridiculiser. Lâcheté : « mais non ce n’est pas ce que j’ai voulu dire ». Ambiance délétère, réactions hargneuses et manipulations deviendront désormais le pain quotidien des discussions politiques.

Après l’impudence et l’autosatisfaction du ton de la campagne quand le oui avait encore le vent dans les voiles, on a versé dès le soir des résultats dans la victimisation et la stigmatisation mensongère des vainqueurs : « on a subi des réactions de haine, c’est hallucinant ce flot de violence ». Mauvaise foi encore et toujours.

L’été n’ayant pas porté conseil, la rentrée s’annonce toujours sous d’aussi sombres hospices : on se convainc d’être porteurs d’une mission quasi divine qui consiste à sauver l’Europe face au raz-de-marée d’europhobie des «  salauds » qui ont voté non. Cet autisme est effrayant. On dit ne vraiment pas parvenir à comprendre ce vote. J’explique donc pourquoi nous avons rejeté ce traité ; et là on me répond sèchement que le débat est clos, que ce n’est pas parce que j’ai « gagné » qu’il faut essayer de convaincre les autres qui de toute façon n’en démordront pas. Malhonnêteté et autoritarisme. D’ailleurs, ils organisent des soirées « Sauvons l’Europe » au cours desquelles on méprise et ignore superbement la décision du peuple puisqu’on explique qu’il faut faire passer ce traité coûte que coûte. Quitte à se battre même physiquement, d’après Philippe Val, ancienne gauche radicale qui prêchait l’estropie du bourgeois il y a 25 ans, reconverti au capitalisme autoritaire. Fascistoides. « Tes arguments ne veulent rien dire, c’est nul ».
Médiocrité. « Je vais essayer de rester correct avec toi ». Suffisance. Sans compter le silence assourdissant de tous ceux qui ont cautionné cela sans prendre le risque de se salir dans ces manœuvres. Réputation et carrière politique à préserver obligent.

La dérive n’est pas seulement dans les pratiques, elle est aussi idéologique. Aux véhicules tout terrain en ville qui peuvent être « écologiques » si on parvient à en réduire la consommation de carburant, ont succédé les allégations sur les commémorations des crimes du 17 Octobre 1961, qui serait l’initiative de « jeunes ignards certainement communautaristes », et une tentative de réécrire l’histoire. Tandis que des élus s’apprêtent à participer à la commémoration officielle organisée par l’équipe municipale.....
Le pire est peut-être que toute cette bassesse n’a heurté personne d’autre que moi.

Où peut se nicher l’ambition de « faire de la politique autrement » avec tout ça ? Où est la solidarité et le respect des droits de tous quand on méprise une partie de nos concitoyens en niant leur histoire ? Comment bâtir une économie sociale quand on refuse d’écouter la Cour des Miracles ? La réponse est dans la question. Sauf à travers le miroir des vanités.

par Karine. [1]


[1La tolérance au sein des partis politiques, comme ailleurs, n’étant pas ce qui court le plus dans la rue depuis quelques temps, notamment depuis le résultat du référendum en France, j’ai changé le prénom et enlevé le nom de l’auteur. Mais je tenais à publier la réaction de cette amie, face à l’expérience difficile qu’elle vient de vivre.


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